L’autre jour, en quête d’inspiration, j’ai quitté ma campagne angevine pour me rendre au forum apolitique « Osons la France », au théâtre Pierre Cardin, situé à deux pas de la plus belle avenue du monde.

Ce forum « qui met en lumière ceux qui y croient » a permis à près de 500 curieux de découvrir les témoignages de 35 hommes et femmes, âgés de 27 à 72 ans, qui ont l’audace d’innover, d’entreprendre, d’avancer dans un environnement économique, financier et social défavorable.

Quelques constats éloquents :

Claudia SENIK a mesuré l’économie du bonheur au travers d’enquêtes objectives et subjectives. Elle nous livre un résultat frappant :

Les Français qui, rappelons-le, vivent dans un pays riche, se sentent moins heureux que leurs voisins européens. A contrario, dans des groupes de pays comme l’Amérique latine, les populations se sentent beaucoup plus heureuses, avec un niveau de vie bien inférieur au nôtre.

Ce professeur à la Sorbonne explique que les Français, trop pessimistes, éprouvent des difficultés à se projeter dans le futur, tant individuellement que collectivement. Assistés, ils ont tendance à attendre de l’Etat des solutions miracles.

Or, la France représente :

  • la 7ème nation aux Jeux Olympiques de Londres en 2012
  • la 6ème puissance économique mondiale
  • le 2ème pays européen (après l’Allemagne) à déposer de brevets innovants
  • la 1ère destination touristique mondiale

Or, avec ses 65 millions d’habitants, la France abrite seulement 1% des 6 milliards de Terriens !

Seulement voilà :  87% des Français pensent que l’on se trouve en pente descendante ! Ils ne regardent que les plans sociaux et les faillites d’entreprises, les couacs politiques en n’écoutant que les mauvaises nouvelles.

Mais que pensent les 13% restants ? Et qui sont-ils ?

 Il existe 8 millions d’entrepreneurs en France :

  • 2,5 millions de chefs d’entreprise
  • 1 million de responsables d’associations
  • 5,5 millions d’intra-preneurs

… et 16 millions de Français prêts à devenir un jour entrepreneurs, toutes catégories sociales confondues.

C’est ce qu’affirme Philippe HAYAT, fondateur de 100 000 Entrepreneurs, qui transmet aux jeunes l’envie d’entreprendre, par le témoignage de chefs d’entreprises dans les écoles.

Le point commun de ces entrepreneurs ? Un sacré tempérament et une incroyable envie !

Déterminés, courageux, impertinents, dégourdis et passionnés, ils ont le sens des responsabilités et le goût du risque. Motivés, ils savent prendre leur vie en main, en dépassant leurs peurs, en cassant les préjugés et en surmontant les difficultés.

Comment ont-ils réussi ?

Tout part d’une idée…

Retrouver son âme d’enfant : « oser revenir à un regard saisi par la surprise du monde. »

S’inspirer de l’inventivité des autres : « oser utiliser la créativité de l’autre comme un rebond, prendre le contrepied de ce que l’on réalise habituellement. »

Puiser dans la tradition pour inventer de nouvelles façon de procéder, trouver des solutions aux problèmes posés…

Christian MONJOU, professeur à Oxford, ajoute : « Il s’agit de passer du ou/ou au et-et. Par exemple, les chefs d’oeuvres picturaux trouvent-ils leurs fondamentaux dans des formes rectilignes sombres (Ingres) OU dans des formes curvilignes colorées (Matisse) ? En raisonnant ET-ET, le génie de Picasso a su s’inspirer d’un fauve ingresque pour réinventer la peinture !

Do it yourself ! C’est la révolution que propose Stéphanie BACQUERE, co fondatrice de Nod-A, en vous permettant d’accéder gratuitement à des laboratoires régionaux, pour :

  • fabriquer vous-même des objets à partir du numérique. Vous pourriez ainsi être capable d’assembler votre propre téléphone portable d’ici 2033 !
  • mutualiser vos connaissances avec le partage en ligne de fiches pédagogiques conseils

Il suffit de croire en son idée, ne pas attendre d’avoir toutes les informations pour commencer à agir, développer son activité au fur et à mesure et tirer le meilleur parti de ses expériences (réussites et échecs).

Frédéric MAZELLA, fondateur de Blablacar raconte son histoire :

« Travaillant à Paris, j’avais prévu de passer les fêtes de fin d’année auprès des miens, en Vendée. Aussi, à la veille de Noël, je me suis renseigné auprès de la SNCF qui m’a proposé un billet de train à un tarif élevé, pour une place assise sur un strapontin, au seul horaire de départ à 5h00 du matin !

J’ai alors trouvé une solution alternative auprès de ma soeur, qui, de Reims, accepta de me prendre « au passage » à Paris.

Sur le trajet routier, je me suis aperçu que bon nombre de voitures ne contenaient que très peu de voyageurs. Alors, me vint un déclic : le co-voiturage !

J’ai lancé Blablacar en 2004, mais l’activité peine à décoller face à un frein culturel important : l’égoïsme ! En effet, par le co-voiturage, je propose une véritable révolution du partage, nécessitant la confiance mutelle, la création du lien social et la volonté de se rendre service.

Parfois pris de doutes, souvent découragé par mon entourage, j’ai cependant gardé la foi. Avec la flambée du carburant et le maintien des tarifs ferrovières, mon activité a décollé en 2011. »

… Retrousser ses manches !

Personne ne nous attend. C’est à nous de faire notre place, ce qui nécessite beaucoup de travail et une remise en cause permanente ; miser sur des produits ou services de qualité et savoir les vendre.

« On ne peut pas définir la qualité, on la reconnaît quand on la voit. »

Henry MINTZBERG

C’est le conseil de Jean Marc DUMONTET, producteur d’humoristes (Pierre Palmade, Florence Floresti, Nicolas Canteloup…) et propriétaire de cinq salles de spectables parisiennes, dont le Point Virgule : « Etre entrepreneur, c’est se lever tous les matins en se disant que la vie (re)commence. »

Se réinventer perpétuellement :

Face à une concurrence internationale exarcerbée, John PERSENDA, PDG et fondateur de Sylène, a créé la marque Alfapac pour la fabrication de sacs poubelle biodégradables.

Face aux enjeux environnementaux mondiaux, Jean Luc PETITHUGUENIN, PDG de la société Paprec, parie sur le green business en développant diverses activités de recyclage des déchets. Avec un chiffre d’affaires annuel de 750 millions d’euros et 3 500 salariés, il recrute 200 collaborateurs par an.

Myriam MAESTRONI, Présidente d’Economie d’Energies SAS, propose quand à elle d’aider les clients à consommer moins d’énergie. En 10 ans, sa structure est passée de 10 à 100 personnes.

Face à un système capitaliste à bout de souffle, Nicolas HAZARD, Président des Comptoirs de l’Innovation et Vice Président du Groupe SOS, développe l’entrepreunariat social depuis plusieurs années. A tel point qu’aujourd’hui, le savoir-faire français est reconnu et plébicité à l’étranger.

Face à la montée en puissance du numérique, Nathalie ANDRIEUX, Directrice générale adjointe numérique du Groupe la Poste, transforme de l’intérieur le second employeur de France, tout de même âgé de six siècles, en apportant les changements majeurs suivants :

– le courrier devient électronique

– le colis sert l’e-commerce

– la banque devient en ligne

Enfin, Jean Baptiste RUDELLE nous fait rêver avec son entreprise qui affiche une croissance à six chiffres en huit ans. Co fondateur et président de Critéo, il propose des ciblages publicitaires sur Internet. Ambitieux, il vise haut et grand en s’attaquant aux marchés américains et japonais, pourtant fortement concurrentiels. Il déjoue les barrières mentales de bon nombre d’entrepreneurs français qui n’osent pas investir dans ces pays.

S’entourer de talents diversifiés :

En 1993, Emmanuel MIGNOT a fondé Télétech, un centre d’appel dijonnais où il fait bon vivre et qui affiche des résultats remarquables.

Ses secrets de réussite ?

  • Un recrutement de haut niveau
  • 600 collaborateurs bien formés
  • Un univers de travail réinventé, avec un environnement intérieur et extérieur savamment pensé qui génère du bien-être au travail
  • Un management participatif où la confiance et la créativité prennent une place importante

Ses résultats ?

  • Un engagement palpable du personnel qui s’investit pleinement dans le travail
  • Un turnover de 0,79% dans un secteur d’activité où le rythme de renouvellement du personnel se situe entre 20 et 25% et peut même atteindre jusqu’à 50% du personnel en région parisienne !
Plateau-call-center-laval

Un exemple d’univers de travail réinventé chez Télétech

A l’âge de 20 ans, Alexandre MALSH a créé la société Melty.fr, un média dédié aux jeunes. Sept ans plus tard, son audace rime avec succès : 16% de croissance, 85 collaborateurs et le prochain recrutement de 35 personnes.

Ce qui lui tient à coeur ?

  • Favoriser le lien social en organisant des événements conviviaux, voire des délires internes. Manifestations du plaisir à être ensemble qui excèdent les comportements habituels, ce qui accroit l’efficacité au travail
  • Partager ensemble une vraie histoire en développant une culture commune

1 milieu de travail agréable + 1 formation pertinente =

1 équipe remarquablement engagée

François PEROC , Président du Directoire de BPCE et Sophie STABILE, Directrice Générale des Finances chez Accor, misent sur le « women’s world », en permettant à davantage de femmes d’accéder à des postes à responsabilité.

Le styliste Chris AMBRAISSE a fondé l’association « Mode et handicap » et créé une ligne de vêtements innovants pour les personnes handicapées et non valides.  Il est accompagné par la fondation Ernst and Young qui porte 55 nouveaux projets manuels, techniques et artisanaux.

Le groupe L’Oréal vient de décerner le Prix de la croissance responsable à Emery JAQUILLAT, nouveau dirigeant de la CANIF, la coopérative des instituteurs récemment mise en dépôt de bilan. Ce dernier s’est appuyé sur les valeurs du développement durable, inscrites dans les gênes de la CANIF, pour relancer ses activités et prospérer de nouveau.

Véronique DI BENETTO, Directrice de France Econocom et Gérald KARSENTE, Président de HP France, s’allient intelligemment plutôt que de se concurrencer bêtement. L’une propose du conseil local alors que l’autre dispose d’une ouverture internationale. La synthèse de leurs atouts respectifs permet d’apporter des solutions innovantes à leurs  clients. En développant leur intelligence émotionnelle et relationnelle, ils ont su ainsi créer de la valeur ajoutée.

Compétition + collaboration = coopétition !

Je remercie Aude de THUIN, organisatrice de cet événément « Osons la France » et porte drapeau de l’initiative à la française.

Par cette journée intense, elle a remarquablement bien rempli sa mission en proposant des échanges enrichissants et authentiques, avec des personnes humbles et optimistes dans une ambiance conviviale… De quoi rebooster mes petits neurones !

Si l’envie vous démange, de prochains rendez-vous sont programmés en 2013 :

  • A Lyon, le jeudi 27 juin
  • A Lille, le jeudi 26 septembre
  • A Nantes, en décembre

Pour plus d’informations : http://osonslafrance.com

 » Ecoutons, non pas le bruit des arbres qui tombent, mais celui des arbres qui poussent. »

Jean Paul DELEVOYE, Président du Conseil Economique Social et Environnemental

N’oublions pas d’écouter les jeunes générations, nos « mickeys »,  qui apportent déjà leur empreinte dans cet environnement en pleine mutation. Alors, citoyens du monde :

OSONS ENSEMBLE !