Too Web or not to Web ? Trop de toile ou pas ?

Un sujet de réflexion proposé par Pierre DAQUIN, artiste licier, à l’occasion de la 10ème triennale internationale des mini-textiles, concours organisé au Musée Jean Lurçat à Angers.

68 artistes liciers, représentant 23 pays, ont été sélectionnés pour apporter leur regard sur l’impact des nouvelles technologies dans notre société contemporaine.

Quelle idée judicieuse de représenter les fils qui nous relient virtuellement par des fils bien réels !

Alors, que nous apprennent ces œuvres d’art textile sur le Web ?

 Le Web se définit comme un réseau de connections, tantôt organisé et complexe, tantôt désordonné et discontinu. Il permet de relier entre eux les individus du monde entier, avec néanmoins des disparités flagrantes entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud.

Pour entrer dans le World Wide Web (www), il est nécessaire de tisser lentement et méticuleusement sa « toile d’araignée », tout en sachant utiliser le langage virtuel ; décodage humoristique :

  •  est représenté par une douillette toile de coton en forme d’arobase
  •  Pop up (fenêtre publicitaire intempestive) se transforme en un drôle d’insecte effrayant
  • Flashcode (dématérialisation du billet de train directement téléchargeable sur Internet)  devient une toile savamment brodée de fils noirs et blancs
  • Spam (message électronique non sollicité) prend la forme d’un joyeux personnage imaginaire

Le Web permet d’accéder à une quantité illimitée d’informations et d’images, mais aussi d’être visible sur la toile, pouvant aller jusqu’au voyeurisme.

Et que voit-on ? Un monde virtuel qui tend à submerger le réel, au point de l’occulter. L’Homme finit par ne faire plus qu’un avec la machine et devient prisonnier de ce réseau sans fils.

Ils n’ont pas perdu le fil de leurs idées !

Au travers de nombreux tissages, ces artistes talentueux proposent :

  • D’apporter un regard plutôt négatif du Web
  • De revenir tout doucement à la réalité avec la présentation de leurs œuvres, composées de fils de soie, de coton, de cuivre, de laine, de nylon, de pêche…
  • De découvrir leurs techniques de travail, à la fois minutieuses et méticuleuses, complexes et personnelles (crochet, broderie, filet, tressage, piquage…)

Mon coup de cœur ?

 J’ai retenu l’œuvre aérienne et raffinée intitulée « Liés ou ligotés ? » de l’américaine Susie BRANDT, une artiste qui a cousu sa première robe  à l’âge de 7 ans…

… Parce que le Web représente, à mon sens, un formidable outil de communication qu’il faut savoir utiliser à bon escient.

Et je rejoins le point de vue d’Ayelet LINDERSTRAUSS-LARSEN pour qui le Web « empêche d’apprécier la réalité » :

« Si vous voulez une version numérique de l’œuvre, c’est ce que vous obtiendrez. Mais l’œuvre elle-même est meilleure».

 Alors, plutôt que de publier quelques images sans relief de ces œuvres magnifiques, je vous invite à vous rendre au Musée Jean Lurçat afin de découvrir cette exposition étonnante :

Car ces milliers de fils colorés et multiformes nous invitent à « débrancher » !

Pour plus d’informations :

http://www.musees.angers.fr/les-musees/musee-jean-lurcat-et-de-la-tapisserie-contemporaine

Exposition accessible jusqu’au 20 Mai 2013… Courez vite !