Le 11 juin dernier, le pôle recherche de l’UCO d’Angers a organisé, pour la 3ème année consécutive, une journée d’étude sur la thématique de la communication dans les collectivités territoriales.
 

Une douzaine d’éminents chercheurs et maîtres de conférence, – politistes, sociologues, géographes, urbanistes, spécialistes des sciences de l’information et de la communication – ont présenté leurs études dans le but d’interroger les directeurs de la communication dans leurs pratiques professionnelles, face à un environnement politique local en pleine mutation.

 « Le dircom est mort. Il faut le réinventer.

La fonction communication se transforme en compétences redistribuées. »

Conclusion de Dominique MEGARD

Présidente du Club Cap’Com à l’issue de cette journée d’étude

La loi organique, relative aux lois des finances du 1er Août 2001, a réformé en profondeur la gestion de l’Etat, par un transfert de ses compétences vers les administrations locales.
Cette décentralisation a permis la professionnalisation de la communication au sein des collectivités territoriales.. A tel point qu’aujourd’hui, le service communication d’un conseil général ressemble, à y méprendre, à une agence privée de communication, intégrant à la fois des équipes production, rédaction, manifestation, logistique et projets.
Cependant, malgré leur multiplicité, ces communicants professionnels souffrent de visibilité et de légitimité dans leur institution. En effet, seulement un dircom sur deux fait partie d’un comité de direction.
Et certains projets, tels que la création d’une marque territoriale, échappent au dircom pour être confiés prioritairement à des chefs de services adjoints.
Alors, de quelle façon le dircom peut-il évoluer au sein de sa collectivité territoriale ?
Les chercheurs ont évoqué deux pistes intéressantes : une double approche – stratégique et par processus – qui pourrait se traduire, à mon sens, ainsi :
Prendre de la hauteur :
Une majorité de directeurs de la communication (dircom) le constatent avec regret : leurs missions quotidiennes se résument principalement à la mise en œuvre d’outils de communication.
D’un positionnement managérial opérationnel, ils pourraient évoluer vers une fonction plus stratégique, tournée davantage vers l’anticipation. Par exemple, ils seraient en mesure de participer à l’élaboration d’une stratégie générale, en co-production avec les élus et/ou le comité de direction.
Rappelons que tout processus stratégique comprend six étapes :
  • Identifier la finalité, la mission, les objectifs et les stratégies existantes de la collectivité territoriale
  • Effectuer une analyse externe et  interne (SWOT)
  • Formuler un plan stratégique
  • Le mettre en œuvre, impulser le changement en lui donnant du sens
  • Evaluer les résultats
Le dircom peut ainsi jouer  un rôle fondamental dans l’analyse SWOT, en développant la veille stratégique, qui consiste à recueillir l’information, savoir l’interpréter, la formaliser et la transmettre au moment voulu aux bonnes personnes.
Etre force de proposition dans une logique de projets transversaux :
Face aux défis environnementaux, le dircom serait en mesure de proposer, en complémentarité d’un projet global de développement durable,  la mise en place d’une démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), contribuant ainsi à une  meilleure qualité de vie des agents au travail.
Face aux défis numériques, il renforcerait la fluidité des informations descendantes et ascendantes :
  • Les citoyens et les agents recherchent aujourd’hui des informations claires et précises. Le dircom pourrait ainsi filtrer la surabondance et la redondance des messages, la pluralité des émetteurs et des canaux de diffusion de l’information. Plutôt que de communiquer à tout prix, il fait comprendre l’essentiel.
  • Et inversement, en animant des communautés de réseaux sociaux, le dircom capitaliserait ainsi les connaissances des usagers et collaborateurs. Puisqu’aujourd’hui, tout le monde communique sur tout, le professionnel de la communication se positionne en tant que chef d’orchestre de l’information, en coordonnant et en régulant l’action collective.
Face aux défis économiques, qui se traduisent notamment par de fortes restrictions budgétaires, le dircom aiderait les équipes territoriales à trouver des solutions (« faire mieux avec moins »). Pour cela, il développerait des espaces de partage d’information et des réseaux de coopération créative. Il favoriserait ainsi l’interaction, le « vouloir travailler avec les autres » dans un monde interconnecté et interdépendant.
Face aux attentes sociales grandissantes des citoyens et des agents – plus informés, plus exigeants et plus critiques, il restaurerait la confiance perdue dans le monde politique, en développant une intelligence du social. Il réaliserait alors un travail de liaison, en exprimant, en toute transparence, les contradictions entre le discours institutionnel et la réalité de terrain. Il deviendrait alors médiateur.
Le dircom saltimbanque  se transforme alors en stratège chef d’orchestre, sachant  habilement manier l’information, la communication et les médias numérique. Pour cela, il s’entoure intelligemment d’équipes pluridisciplinaires, composées d’experts internes et externes.
Un brin provocateur,
que vous inspire cette vision du rôle et des missions du dircom ?