Vous en êtes persuadé ; votre chef est un pervers narcissique ! Diagnostiquer un tel comportement s’avère difficile, même pour des professionnels. Aussi, avant de porter de graves accusations envers votre manager, il pourrait être intéressant d’étudier vos modes de communication respectifs. Décryptons ensemble la situation dans laquelle vous pourriez vous trouver…

1/ Analyser la dégradation de votre relation interpersonnelle :

Dans un premier temps, votre chef de service vous transmet des messages bienveillants et valorisants qui semblent vouloir répondre à vos attentes et demandes. Attentionné et présent, il incarne le manager parfait.

« Tu es une collaboratrice exceptionnelle, je suis très heureux d’avoir recruté une perle ! »

 Puis un jour, alors que vous vous sentez totalement épanouie au travail, il vous lance une remarque à priori anodine.

« J’ai eu un contretemps de dernière minute au cours de mon déplacement. Tu avais déjà quitté ton travail, alors j’ai dû me charger moi-même de l’échange des billets de train. Comme si je n’avais que cela à faire ! »

 Arrive l’agressivité verbale qui se traduit par l’humiliation, le blâme, les coups bas ou les représailles.

« Tu es nulle ! Ton travail est minable ! 

« Qu’est-ce que tu es susceptible ; tu prends mal la moindre de mes remarques !

« Cette robe ne te va pas du tout. Tu as pris du poids dernièrement ? »

Enfin, il se développe un climat de compétition.

« Fais un effort, soies plus rapide dans ton travail ! »

 Et pour combler le tout, le pervers narcissique revient à son mode de communication de départ, usant de flatterie et de compliments à votre égard.

« Tu m’as bien avancée aujourd’hui sur ce dossier ! »

« La communication perd son sens, elle est pervertie pour se muer en une arme de contrôle et de pouvoir sur vous. L’impact psychologique des mots est phénoménal, des petits mots peuvent traduire une grande violence, ils résonnent en nous comme le ferait un coup de marteau sur la tête »

Isabelle Nazare-Aga, Les manipulateurs et l’amour

 

2/ Comprendre sa façon de gérer les conflits :

Etonné par ces messages contradictoires, vous essayez de comprendre. Vous ouvrez alors un dialogue constructif,  vous appuyant sur des faits et cherchant à trouver ensemble des solutions constructives.

Mais votre chef refuse de négocier et nie l’existence d’un conflit :

  • Il rejette la faute sur vous, se moquant au passage de vos émotions. Il peut même vous ridiculiser auprès de vos collègues de travail.
  • Ou bien, il hausse les épaules, soupire, vous sourit de façon ironique et rompt soudainnement la conversation ; il quitte la pièce ou téléphone à quelqu’un.

Bien évidemment, il ne s’excuse pas de son comportement déviant.

 « Je te surcharge de travail en te donnant des ordres et contre-ordres ? Mais c’est n’importe quoi !!! C’est toi, au contraire, qui me donne trop de travail en venant te plaindre continuellement dans mon bureau ! Te rends-tu compte de la chance que tu as de travailler à mes côtés ? Je te rappelle qu’après ton divorce, tu étais bien contente que je t’embauche ! Et puis regardes-dans quel état tu te trouves avec tes excès de colère ; tu es pitoyable ! »

Si vous insistez dans cette quête de résolution de conflit, le pervers narcissique imposera son point de vue, coûte que coûte.

« Tu travailles dans mon service. Tu fais ce que je te demande ! Et tu n’as rien à dire ! »

Il ajoute dans sa communication des propos vagues, des demandes contradictoires, des mensonges, voire un discours paradoxal.

« Sylvie, vous m’apporterez le dossier sur lequel je vous ai demandé de réaliser des corrections dernièrement.

  • Le dossier rouge ?
  • Non, le dossier bleu.
  • Mais j’ai clos le dossier bleu depuis des mois !
  • Vous n’avez encore rien compris à ma demande, c’est ce que je vous dis. C’est le dossier bleu qu’il me faut ».

 De quoi y perdre son latin ! Vous interrogez alors vos collègues de travail pour vous assurer qu’ils constatent ces mêmes attitudes étranges. Et bien non !

« Qu’est-ce que tu as de la chance de travailler avec un patron aussi merveilleux ! »

C’est que le pervers narcissique sait parfaitement contrôler son image sociale à l’extérieur, ce qui vous déstabilise fortement !

 Vous l’aurez compris, cet expert en communication abuse de messages contradictoires pour vous blesser, vous dominer, vous rabaisser, vous retenir…et cacher ainsi sa véritable intention.

 Le langage est son arme, plus redoutable peut-être que les violences physiques. Il s’en sert pour obtenir l’assujettissement de son partenaire ».

Simone KORFF-SAUSSE – La femme du pervers narcissique

 

3/ Prendre conscience qu’il s’agit d’une communication anormale :

Avec un pervers narcissique, toute communication normale – c’est-à-dire simple, authentique, claire et saine – s’avère impossible.

En effet, il ne connait qu’un seul moyen de communiquer : la manipulation, dans le but unique de satisfaire ses propres besoins au détriment des besoins des autres.

Egocentrique, il n’éprouve aucune sympathie ou empathie à votre égard.

Son plaisir consiste à vous entraîner dans une succession infinie d’escalades conflictuelles.

Dépourvu de morale et sans aucun remord, il considère que tous les coups sont permis dans votre relation interpersonnelle… et s’en amuse !

Le terrain de prédilection, l’instrument majeur de la perversion narcissique… c’est la parole. »

Paul-Claude RACAMIER – De la perversion narcissique

 

4/ Poser vos limites :

 Inutile de vouloir changer un pervers narcissique ; vous gaspillez votre énergie et risquez fort de vous perdre en chemin, tellement il excelle dans l’art de la communication.

Mieux vaut faire le deuil de cette relation et vous protéger de son agressivité, en adoptant une attitude d’indifférence.

« Ses remarques glissent sur moi comme neige fond au soleil ! Même pas mal ! ».

Voyant qu’il ne provoquera plus d’effet sur vous, il se détachera peu à peu de votre relation interpersonnelle pour choisir une autre victime.

Des techniques simples de communication peuvent vous aider à poser vos limites :

→ La méthode de l’écoute active consiste à reformuler une demande en quelques mots et à poser des questions, afin d’obtenir des explications complémentaires.

« Si j’ai bien compris, vous me demandez de… A combien de temps estimez-vous ce travail ?»

L’écrit permet de laisser une trace des demandes que vous recevez. La formulation de vos messages nécessite de rester factuel. Vos correspondances pourront alors être gardées précieusement.

Ce vendredi, à 17h00. Pouvez-vous bien me confirmer que vous souhaitez que ce dossier soit bouclé pour lundi matin, à 9 heures, dernier délai, sachant qu’il nécessite au moins 6 heures de travail ? »

La technique du disque rayé : demander à votre chef de vous apporter des précisions quant à sa demande vague, floue, incompréhensible et répéter inlassablement votre message.

« J’ai besoin que vous m’apportiez des informations complémentaires pour que je puisse avancer sur ce dossier en priorité, comme vous me l’avez demandé. Quand est-ce que je peux recevoir ces données ? Demain, en fin de semaine ? Qui d’autre que vous pourrait m’apporter ces informations indispensables ? »

5/ Ecouter sa voix intérieure et demander de l’aide :

 La communication trouble dont use le pervers narcissique vous fait ressentir confusément un certain malaise. Oscillant entre douceur et agression, il déjoue habilement tous les codes usuels d’une communication efficace et vous place dans un stress constant.

Ecouter votre ressenti et mettre des mots sur les émotions qui vous submergent vous permet de prendre du recul par rapport à cette relation « anormale ».

Un mal-être plus profond peut s’installer au fil du temps, laissant place à une fatigue physique et mentale, pouvant aller jusqu’à la dépression, voire le suicide.

Aussi, avant qu’il ne soit trop tard, n’hésitez pas à demander de l’aide auprès de professionnels (DRH, médecin, médecin du travail, inspecteur du travail, avocat, psychologue, médiateur professionnel…), ainsi qu’à resserrer les liens avec votre entourage familial et amical.

Enfin, pour sortir définitivement de cette relation toxique, il n’existe qu’un seul moyen : la fuite (demande de mutation, démission …) Aussi, préparez dès aujourd’hui votre projet professionnel à venir !

« Il se rabattra sur les mots pour détruire toute personne susceptible de réveiller en lui sa faille identificatoire. »

Alain KSENSEE – Hystérie et perversion

 

Pour aller plus loin…

LES PERVERS NARCISSIQUES

Qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment leur échapper ?

De Jean Charles BOUCHOUX, psychanalyste, psychothérapeute, conférencier

Aux Editions Pocket