Les émotions sont omni présentes dans nos échanges quotidiens. Or, il est difficile de les exprimer parce que souvent, les émotions nous submergent. Plutôt que de blesser son interlocuteur ou de se sentir rejeté en communicant son ressenti, ne vaut-il pas mieux refouler ses émotions ?

MANAGER SANS EMOTIONS…

Dans son dernier ouvrage intitulé Les Passions de l’âme, René DESCARTES considère que l’homme est composé de deux substances que sont l’âme et le corps. En étudiant l’intense émotion qu’est la passion, le philosophe établit un lien entre les émotions et la chimie du corps. Il pense alors que rien n’est plus nuisible à l’âme que le corps et en conclut que la raison et les émotions fonctionnent en opposition.

Cette théorie se traduit par des postulats bien ancrés dans nos croyances culturelles, qui brandissent l’émotion comme un tabou :

« Les émotions sont des signes de faiblesse », « les hommes ne doivent pas pleurer », « un affectif ne peut être un bon manager »

Dans le cadre professionnel, l’inattention portée aux émotions reste de mise car la territoriale, comme toute Organisation, fonctionne sur un mode rationnel.

Bref, débrouillez-vous avec la gestion de vos émotions au travail, du moment qu’elles n’entravent pas au bon fonctionnement du service !

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ET SI LA RAISON AVAIT BESOIN DE L’EMOTION ?

L’américain Antonio DAMASIO, l’un des plus grands spécialistes et théoriciens mondiaux du cerveau, a réalisé des travaux de recherche durant près de dix ans, pour déterminer la place essentielle des émotions dans les rouages de la raison.

Ce professeur de neurologie, neurosciences et psychologie publie, en 1994, un livre au titre évocateur : l’Erreur de Descartes dont la thèse principale est la suivante :

« Lorsque l’émotion est laissée totalement à l’écart du raisonnement, la raison se fourvoie dans le processus de prise de décision. »

Il illustre sa théorie notamment avec l’histoire  de Phineas GAGE. Cet homme travaillait sur les chemins de fer dans le Vermont, aux Etats Unis. Lors d’un accident, une barre de fer lui a perforé les lobes frontaux, le laissant en vie… mais incapable de prendre des décisions sensées – ce qu’il savait bien faire avant son accident.

Pourtant, l’homme avait conservé intactes ses facultés d’attention, de perception, de mémoire, de langage, et d’intelligence. Mais il n’était plus lui-même, sa personnalité avait changé : il était désormais capricieux, bagarreur, insatisfait, désordonné, fantasque et sans morale.

Antonio DAMAZIO a pu reconstruire sur ordinateur l’image du cerveau de GAGE pour en conclure le diagnostic suivant : « La lésion au cortex préfrontal de GAGE l’avait privé de sa capacité à suivre les règles sociales apprises et à faire des choix dans son propre intérêt.  Son cerveau ne faisant plus le lien entre raison et émotion, il avait perdu le contrôle de lui-même. »
Des recherches complémentaires ont permis d’identifier les conséquences d’un tel trouble neurologique ;

– une difficulté à prendre des décisions

– un déficit émotionnel : peu d’émotions ressenties dans des situations chargées en émotions. Par exemple, un manager juge froidement, sans peur ou colère, une bagarre entre deux agents.

Aujourd’hui, nous savons que les émotions représentent une véritable interface entre le corps et le cerveau.

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VERS UN MANAGEMENT EMOTIONNELLEMENT INTELLIGENT ?

Les émotions sont omni-présentes au travail, qu’il s’agisse de bien réagir face à un usager impoli ou de maintenir de bonnes relations avec ses collègues, supérieurs et subordonnées. Une bonne régulation émotionnelle s’avère donc nécessaire afin de mener à bien nos échanges professionnels.

Le coût d’une mauvaise régulation émotionnelle se traduit à la fois :

  • Au niveau personnel : des problèmes cardiaques et psychosomatiques peuvent apparaître, accompagnés de stress ou de dépression.
  • Au niveau de l’équipe : la détérioration des relations entre le manager et les agents engendre de l’incompréhension et de profonds malentendus. L’absence de régulation des ressentis et des émotions négatives entraîne des conflits, pouvant aller jusqu’à des points de non-retour
  • Au niveau organisationnel : un faible engagement, de l’absentéisme et une certaine démission engendrent des pertes financières et participent à la détérioration de l’image de la collectivité territoriale

A contrario, des émotions bien régulées contribuent à enrichir la vie au travail :

  • Un stress mieux géré
  • Des décisions de meilleure qualité
  • Une motivation et une créativité plus importantes
  • Des changements abordés plus efficacement
  • Une communication plus authentique et une amélioration des relations quotidiennes
  • Un meilleur climat de confiance et une cohésion de groupe plus efficace
  • Une performance accrue au travail

Alors, pourquoi se priver d’une telle boite de Pandore ?