En ce début d’année 2015, mon père annonçait : « Il va bientôt se passer quelque chose de très grave en France ! » A ce propos, je n’ai pu qu’acquiescer, pressentant – comme lui – une menace floue peser sur notre territoire national.

Huit jours plus tard, je me suis retrouvée aux côtés de 45 000 Angevins pour participer à l’élan d’unité nationale.

Après l’électro choc, l’émotion et le recueillement, après avoir, pour quelques heures, défendu les valeurs de la République, j’ai besoin aujourd’hui de comprendre pourquoi nous sommes arrivés à un tel acte de violence, où 17 personnes ont trouvé la mort.

Et vous, qu’avez-vous compris et retenu des événements de la semaine dernière ?

Qu’avez-vous ressenti ? Qu’en pensez-vous ? Que proposez-vous ?

Echangeons en toute liberté !

Plusieurs analystes et experts ont livré dans les médias quelques clés de compréhension, afin d’expliquer cette situation sans précédents. Selon leurs témoignages, différents facteurs environnementaux ont impacté la France :

 Des facteurs culturels :

Depuis 1789, la France s’appuie sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui présente « naturels, inaliénables et sacrés » un ensemble de droits individuels et collectifs.

Art 10 – Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Art 11 – La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

L’équipe éditoriale de Charlie Hebdo, singulière par son art de la provocation, usait de ce droit, tout en étant consciente du danger encouru.

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux », déclarait Charbs en 2011.

Ces personnalités ont-elles suffisamment évalué le risque ?

Aurais-je le courage de défendre ma liberté d’expression, quitte à en mourir ?

On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

 

Des facteurs économiques :

Depuis 2007, nous traversons des crises par vagues successives ; de la crise du crédit aux Etats Unis à la crise économique, en passant par la crise bancaire. Nous parlons alors de la Grande Crise, qui a rapidement touché les secteurs de la construction, de l’immobilier, de l’automobile pour, peu à peu, devenir globale.

La priorité est donnée à la rentabilité à court terme, avec la rationalisation des modes de production et de nouvelles organisations du travail, le tout au service du maillon fort  représenté par l’actionnariat.

 Dans un certain nombre d’entreprises, le profit a supplanté l’Humain.

Paye-t-on aujourd’hui le prix fort de cette négligence ?

 

Des facteurs sociaux :

 Crise économique oblige, de nombreux plans sociaux se sont succédés, faisant grimper inlassablement la courbe du chômage.

Les bonus et stocks options que certains dirigeants se sont octroyés ont atteint des sommets , alors que les salaires de la majorité des cadres et employés ont stagné, face à un pouvoir d’achat en augementation. Une fracture sociale apparaît très distinctement aujourd’hui,  avec l’enrichissement de « ceux d’en haut » et l’appauvrissement de « ceux d’en bas ».

De plus en plus de personnes ont l’impression d’être exclues du système capitaliste et ressentent une véritable rupture identitaire dans une société qui ne les reconnait plus.

Certaines d’entre elles trouvent une échappatoire dans le djihadisme. Qu’il s’agisse de jeunes âgées entre 15 et 17 ans, des classes moyennes ou de familles entières, des centaines de convertis à la religion musulmane abandonnent leur vie française pour rejoindre la Syrie. Une fois sur place, avec l’endoctrinement, ils peuvent se transformer à tout moment en « islamnazis », déterminés, professionnels, fous dangereux.

 « Daech est un produit de notre modernité ». Le Monde du 10 Janvier 2015

  

Des facteurs technologiques :

Grâce à Internet, l’information circule rapidement dans le monde entier.

Pour le pire…

Les réseaux sociaux permettent une propagande à grande échelle où le djihadiste est expliqué utopiquement sur de nombreuses plateformes et où les personnes peuvent se valoriser en postant des photos ou des vidéos à chaque étape de leur expérience en Syrie. Frères et sœurs peuvent ensuite facilement emprunter le même chemin.

….Et pour le meilleur, avec le slogan « Je suis Charlie », repris aux quatre coins du monde.

 

Des facteurs législatifs et réglementaires :

Depuis plus de six ans, déjà, l’arsenal législatif et réglementaire n’a cessé d’être renforcé, les services de police et de renseignements reformatés,  les moyens du parquet multipliés.

Les Français sont souvent cités en exemple pour leur compétence dans la bataille contre la terreur islamiste. Et le travail réalisé dernièrement par les forces de l’ordre fut largement applaudi par les concitoyens.

Cependant, gendarmes et policiers manquent de moyens humains et croulent sous le poids des procédures, au détriment des actions de terrain, pourtant nécessaires face au terrorisme qui dure depuis 40 ans et qui évolue crescendo.

 « On prend des renseignements. Une fois qu’on les a, on ne fait rien. On a l’illusion de maitriser la situation ».

Pierre MARTINET – Ancien agent du service Action de la DGSE

Le gouvernement a pris conscience de ses failles et de la lourde tâche qui l’incombe. En effet, la lutte contre l’extrémisme islamiste est un engagement à long terme, complexe, difficile et multiforme, qui nécessite une réflexion et des actions commune au niveau européen.

 Alors, veut-on plus de liberté ou plus de sécurité ? Un équilibre subtil doit être trouvé.

 

Des facteurs politiques :

Les programmes politiques et réformes attenantes manquent d’ambition. Des figures emblématiques, incarnées par le Général de Gaulle ou le Président Pompidou, porteuses d’une vision à long terme, manquent cruellement à l’appel aujourd’hui. La démocratie française paraît affaiblie et trop laxiste.

Soulignons cependant l’exemplarité dont a fait preuve notre gouvernement tout au long de cette grave crise. Messieurs Hollande, Valls et Cazeneuve ont su communiquer efficacement auprès des citoyens, en trouvant les mots justes pour rassurer et le ton approprié pour annoncer les actions immédiatement mises en place.

Remarquons également l’intelligence des politiques d’être restés à leur place et l’unification religieuse qui s’est immédiatement manifestée.

Des mesures urgentes viennent d’être prises par le gouvernement, avec le déploiement de 10 000 militaires sur le territoire français, afin de renforcer notre sécurité nationale.

Espérons que les politiques prendront la hauteur nécessaire, en s’attaquant véritablement aux problèmes de fond. En effet, il s’avère nécessaire de construire un projet de société, fédérateur et novateur ; une cohérence a besoin d’être trouvée entre  les variables politiques, économiques, financières, sociales, culturelles, environnementales, législatives et réglementaires.

Il appartient également à chacun d’entre nous de réinvestir le débat public, en réagissant et en réfléchissant ensemble au monde de demain… parce que la menace perdure.

« Face à ceux qui ont perdu tout sens de l’humanité, les Français ont répondu par l’envie d’être solidaires et de dire haut et fort « non » à la violence meurtrière. Nous avons choisi la résilience et nous avons envie de croire en notre destin commun. »

Frédéric LENOIR – Philosophe et sociologue